J'ai trente-huit ans aujourd'hui.

J'écris ça avec un an de recul.

Il pleut sur Metz. J'ai un café froid à côté de moi, le lave-vaisselle qui tourne, la maison encore silencieuse. Les enfants dorment. Mon mari est parti chercher du pain. C'est le meilleur moment pour écrire ça.

Et quand je repense à cette période de ma vie, à cette femme de trente-sept ans, je ne peux pas m'empêcher de sourire. Pas un sourire moqueur. Un sourire tendre. Un sourire de celle qui sait. Un sourire de celle qui est passée par là.

Trente-sept ans, elle. Trente-huit, moi. La même femme au fond, avec quelques rides en plus et beaucoup d'illusions en moins.

Cette femme, c'était moi. C'est toujours moi, quelque part. Cette quadra en chaleur. Cette femme qui découvrait son corps. Cette femme qui découvrait le désir. Cette femme qui découvrait qu'elle pouvait être autre chose qu'une mère, qu'une épouse, qu'une responsable marketing. Cette femme qui découvrait qu'elle pouvait être une amante. Une soumise. Une bonne fille.

Aujourd'hui, je peux regarder cette femme avec bienveillance. Avec compassion. Avec une forme de nostalgie aussi. Parce que cette femme a souffert. Parce que cette femme a menti. Parce que cette femme a trahi. Mais parce que cette femme a aussi vécu. Vraiment vécu. Intensément vécu.

Et c'est cette femme que je veux raconter aujourd'hui. Cette femme qui a décidé, un jour, de tout arrêter. Cette femme qui a pris rendez-vous chez son amant pour lui dire adieu. Cette femme qui est ressortie de chez lui avec sa culotte sur les chevilles et le goût de sa queue dans la bouche.

Cette femme qui a compris, ce jour-là, qu'elle ne pouvait pas arrêter. Pas encore. Pas comme ça. Pas si facilement.

La décision

Je ne sais pas ce qui m'a pris ce jour-là. Je me suis réveillée avec une certitude. Une certitude qui s'était installée pendant la nuit, comme une évidence, comme une fatalité. Il faisait gris. Un de ces mardis où le ciel ne se décide pas à se lever.

Je devais arrêter.

Je ne pouvais plus continuer comme ça. Les mensonges. Les rendez-vous en cachette. Les plugs au bureau. Les messages de nuit. Les excuses. Les regards qui fuient. Les questions qui restent sans réponse. Je ne pouvais plus.

Je devais retrouver ma vie. Ma vraie vie. Ma vie rangée. Ma vie propre. Ma vie sans mensonges. Mon mari. Mes enfants. Mon travail. Mes amies. Ma respectabilité.

J'ai pris mon téléphone. J'ai envoyé un message à Karim.

« Je peux passer te voir aujourd'hui ? J'ai besoin de te parler. »

Sa réponse est arrivée quelques secondes plus tard.

« Bien sûr. Je t'attends. Tu connais l'adresse. »

Je connaissais l'adresse. Par cœur. C'était devenu mon repère. Mon refuge. Mon piège.

Chez lui

Je suis arrivée chez lui en fin de matinée. J'avais mis un jean. Un jean slim. Un chemisier blanc. Des baskets. Une tenue neutre. Une tenue de femme qui vient pour parler. Pas pour autre chose. Pas pour ça.

J'avais garé la voiture deux rues plus loin. Toujours deux rues plus loin. Jamais devant chez lui, jamais devant la boulangerie, jamais là où une voiture de mon quartier pouvait passer. En coupant le moteur, j'ai enlevé mon alliance. Je l'ai glissée dans la poche avant de mon jean. La bague a sonné contre les pièces de monnaie, un bruit minuscule, et j'ai compris que je venais de choisir. C'était la première fois que je faisais ça. La bague était froide, et moi j'avais les mains moites.

J'ai monté les escaliers. J'ai frappé à la porte. Il a ouvert. Il était en t-shirt. En short. Pieds nus. Il souriait. Ce sourire que je connaissais. Ce sourire qui disait qu'il savait déjà ce qui allait se passer. Ce sourire qui disait que mes bonnes résolutions ne tiendraient pas longtemps.

Ça sentait le linge propre et le bois de cèdre. Ça sentait lui. J'aurais dû faire demi-tour à ce moment-là. Je le savais. Je suis entrée quand même.

J'ai posé mon sac. Je me suis assise sur le canapé. Il s'est assis à côté de moi. Il m'a regardée. Il attendait. Il attendait que je parle. Que je dise ce que j'étais venue dire. À la télé, la console était restée allumée, sur un menu bleu qui tournait.

« Karim, je… je ne peux plus. »

Ma voix tremblait. Mes mains tremblaient. Tout mon corps tremblait.

« Je ne peux plus continuer. Cette histoire. Ces mensonges. Ces rendez-vous. Je ne peux plus. Je vais finir par me faire prendre. Je vais finir par tout perdre. Mon mari. Mes enfants. Ma vie. Je ne peux plus. »

Il m'a écoutée. Sans m'interrompre. Sans me juger. Il m'a laissée parler. Il m'a laissée dire tout ce que j'avais sur le cœur. Tout ce que j'avais répété dans ma tête pendant des semaines. Tout ce que j'avais préparé.

Puis il a souri.

« Tu as fini ? »

J'ai hoché la tête.

« Bien. Maintenant, écoute-moi. »

Il s'est penché vers moi. Sa main a trouvé mon genou. Ses doigts ont remonté. Lentement. Sur ma cuisse. Sur le denim du jean. Sur ma peau. Il a glissé sa main entre mes jambes. Il a senti l'humidité. Cette humidité qui trahissait mes paroles. Cette humidité qui disait tout ce que mes mots ne disaient pas.

« Tu veux arrêter ? »

J'ai hoché la tête. Faiblement. Sans conviction.

« Alors dis-le. Dis-le vraiment. »

« Tu viens m'annoncer une décision et tu es déjà pliée sur mon canapé. Tu crois que je vais te croire ? »

Je n'ai pas pu. Les mots ne sont pas sortis. Les mots sont restés coincés dans ma gorge. Parce que je ne voulais pas. Parce que je ne pouvais pas. Parce que j'étais déjà à lui.

Il a souri. Il a retiré sa main. Il s'est levé. Il m'a prise par la main. Il m'a relevée. Il m'a fait faire le tour du canapé et il m'a penchée sur le dossier. Mes mains ont trouvé l'accoudoir. Mon visage était contre le tissu. Mon cul était offert.

Il a déboutonné mon jean. Il l'a fait glisser. Lentement. Sur mes hanches. Sur mes cuisses. Sur mes chevilles. Le jean est tombé sur le sol. Je suis restée en culotte. Une culotte blanche. Une culotte que je n'avais pas choisie pour lui. Une culotte que j'avais mise sans penser. Une culotte qui ne servait à rien.

Il a glissé sa main sous la culotte. Ses doigts ont trouvé ma chatte. Chaude. Mouillée. Prête. Il a écarté le tissu. Il a posé son pouce sur mon clitoris. Il a appuyé. J'ai gémi.

« Tu veux arrêter ? »

« Non. »

Le mot est sorti. Malgré moi. Malgré mes résolutions. Malgré tout.

« Alors dis-le. Dis que tu es à moi. »

« Je suis à toi. »

« Dis que tu es ma bonne fille. »

« Je suis ta bonne fille. »

La levrette

Il s'est déshabillé. Rapidement. Sans cérémonie. Son t-shirt a volé. Son short est tombé. Il était nu. Debout derrière moi. Je sentais sa chaleur. Je sentais son désir. Je sentais sa queue. Dure. Épaisse. Gorgée de sang. Prête.

Il a écarté ma culotte. Juste assez. Juste ce qu'il fallait. Il a posé son gland contre mon entrée. Il a appuyé. Lentement. Il m'a laissée m'ouvrir. Centimètre par centimètre. La brûlure. La pression. L'envahissement.

Puis il est entré. D'un seul coup. Profond. Je me suis cambrée. J'ai crié. Un cri étouffé par le tissu du canapé.

Il n'a pas attendu. Il a commencé à bouger. Lentement d'abord. Puis plus vite. Plus fort. Plus profond. Ses hanches claquaient contre mes fesses. Le bruit de nos corps. Le bruit de sa queue qui entrait et sortait. Le bruit de ma culotte qui tirait sur mes hanches.

Il m'a prise par les hanches. Il a accéléré. Ses coups de reins étaient puissants. Réguliers. Implacables. Chaque poussée me faisait gémir. Chaque retrait me faisait trembler.

« Dis-moi qui tu es. »

« Je suis ta salope. »

« Encore. »

« Je suis ta salope. Je suis ta bonne fille. Je suis à toi. »

« Bonne fille. »

Les deux voix

Dans ma tête, elles étaient deux.

La première. Celle qui se jugeait. Celle qui se méprisait. Celle qui disait : « Qu'est-ce que tu fais ? Tu es venue pour arrêter. Tu es venue pour être forte. Tu es venue pour retrouver ta vie. Et tu te retrouves penchée sur un canapé, ton jean par terre, une bague dans la poche. À te faire baiser. À supplier. À dire que tu es sa salope. Tu n'as aucune dignité. Tu n'as aucune volonté. Tu es pathétique. »

La seconde. Celle qui prenait plaisir. Celle qui jouissait. Celle qui disait : « C'est bon. C'est trop bon. Tu aimes ça. Tu aimes sa queue. Tu aimes ses mains. Tu aimes sa voix. Tu aimes être prise. Tu aimes être soumise. Tu aimes être sa chose. Tu ne veux pas arrêter. Tu ne peux pas arrêter. Et tu le sais. »

Les deux avaient raison. Les deux se battaient. Les deux me déchiraient.

Mais la seconde était plus forte. La seconde gagnait. Toujours.

L'orgasme

Il a accéléré. Encore. Ses doigts se sont crispés sur mes hanches. Il a tiré ma culotte. Elle a glissé. Elle est restée autour de mes chevilles. Je ne la sentais même plus.

Il m'a prise sans ménagement. Sans douceur. Comme une bête. Comme une chose. Comme une bonne fille qui savait ce qu'elle était venue chercher.

J'ai senti l'orgasme monter. Du plus profond de moi. Une vague. Une déferlante. Une explosion. Mes jambes ont tremblé. Mes mains se sont agrippées à l'accoudoir. J'ai crié. Un cri long. Rauque. Un cri qui n'était pas de douleur. Un cri de libération.

Je suis venue. Fort. Si fort que j'ai senti mon corps se vider. Que j'ai senti mon esprit s'éteindre. Que j'ai senti le monde disparaître.

Il a joui quelques secondes plus tard. Un grognement sourd. Un jet chaud. Sa semence qui m'inondait. Sa queue qui palpitait dans ma chatte. Son corps qui se tendait contre le mien.

Puis le silence.

Le nettoyage

Il s'est retiré. Lentement. J'ai senti le vide. Un vide froid. Brutal. Mais je n'ai pas bougé. Je suis restée là. Penchée sur le canapé. Ma culotte autour des chevilles. Mon jean sur le sol. Mon cul offert. Ma chatte pleine.

Il s'est assis sur le canapé. Il a écarté les jambes. Il m'a regardée. Il a souri.

« Nettoie. »

Je me suis retournée. Je me suis agenouillée. Devant lui. Entre ses jambes. Sa queue était encore dure. Luisante. Couverte de notre mélange. Ma cyprine. Sa semence. Nos odeurs.

J'ai approché ma bouche. J'ai tiré ma langue. J'ai léché. Lentement. Du bas vers le haut. J'ai goûté. Ce goût salé. Ce goût de sexe. Ce goût de nous.

« Bonne fille. »

Je suis allée dans la salle de bain. J'ai fait une petite toilette. J'ai lavé ma chatte. J'ai lavé mes cuisses. J'ai lavé mon visage. Je me suis regardée dans le miroir. La femme qui me regardait avait les joues rouges. Les yeux brillants. Les cheveux en désordre. Elle souriait. Malgré elle. Malgré la honte. Malgré tout.

J'ai remis ma culotte. J'ai remis mon jean. J'ai remis mon chemisier. J'ai remis mes baskets. Je suis sortie de la salle de bain.

Il était sur le canapé. Manette en main. Il jouait à sa console. Comme si de rien n'était. Comme si je n'avais pas été là. Comme si je n'avais pas été à lui.

Je me suis approchée. Je me suis penchée. Je l'ai embrassé. Sur la joue. Un baiser rapide. Un baiser de départ. Un baiser qui disait : « Je reviendrai. »

Il a souri. Sans lever les yeux de l'écran.

« À bientôt, L. »

Je suis descendue. J'ai retrouvé la rue. Le vent froid. La vie normale. J'ai marché jusqu'à ma voiture. Je me suis assise. J'ai sorti mon alliance de la poche de mon jean. Je l'ai remise. Elle était froide.

Puis j'ai essuyé mes larmes. J'ai respiré. J'ai démarré.

Je suis rentrée chez moi.

Le rendez-vous

Le soir même, j'ai pris mon téléphone. J'ai appelé le cabinet de ma thérapeute. J'ai laissé un message. « Bonjour, c'est Laura. Je voudrais reprendre rendez-vous. Le plus tôt possible. Merci. »

Elle m'a rappelée le lendemain. Elle avait une place le jeudi suivant. À 18h. J'ai accepté.

La thérapeute

Jeudi. 18h. Je suis arrivée en avance. J'ai attendu dans la salle. La plante verte. Les magazines. Le radiateur qui claque. L'odeur de papier ancien. J'avais les mains moites. Le cœur battant. La gorge sèche.

Hélène Boisvert est arrivée. Elle a ouvert la porte de son bureau. Elle m'a souri. Ce sourire qui met à l'aise. Ce sourire qui ne juge pas. Ce sourire qui attend.

Blonde, les yeux bleus, l'accent canadien qui traîne sur les fins de mots. Un gilet de laine beige sur une chemise blanche. Une montre fine au poignet, une bague d'argent au majeur, les ongles coupés court. Elle avait ce calme des gens qui ont entendu pire que vous et qui ne le diront jamais.

« Bonjour Laura. Entrez. Installez-vous. »

Je suis entrée. Je me suis assise dans le fauteuil. Le fauteuil vert. Le fauteuil en tissu. Le fauteuil où je m'étais assise deux semaines plus tôt. Où j'avais dit que j'étais perdue. Où j'avais souri quand elle m'avait demandé ce qui me faisait sentir vivante.

Elle s'est assise en face de moi. Elle a croisé les jambes. Elle a ouvert son carnet. Un carnet à couverture souple, corné aux coins, fermé par un élastique. Elle a tourné les pages. Elle a trouvé la mienne. Elle a posé son stylo. Elle m'a regardée.

« Cela fait deux mois que nous nous sommes vus. Je crois. »

J'ai hoché la tête.

« Comment allez-vous ? »

J'ai haussé les épaules.

« Je ne sais pas. »

« Vous êtes venue. C'est déjà quelque chose. »

J'ai souri. Un sourire faible. Un sourire triste.

« Je suis un peu plus bavarde aujourd'hui. »

« Je vous écoute. »

J'ai pris une inspiration. J'ai regardé mes mains. J'ai regardé le mur. J'ai regardé la fenêtre. J'ai regardé tout sauf elle.

« Il y a un homme. »

Le mot est sorti. Simple. Vrai. Enfin.

« Un homme que je vois. Depuis quelques mois. Un homme qui… qui me fait sentir vivante. »

Elle n'a pas réagi. Elle a juste hoché la tête. Elle a écrit quelque chose. Pas longtemps. Juste quelques mots. À petits traits serrés, l'heure en marge, comme elle fait toujours.

« Cet homme, vous l'aimez ? »

J'ai fermé les yeux. J'ai pensé à Karim. À sa queue. À sa voix. À ses mains. À ce qu'il me faisait. À ce que je ressentais. À ce que je devenais.

« Je ne sais pas. »

« Vous ne savez pas si vous l'aimez, ou vous ne savez pas si vous voulez l'aimer ? »

La question m'a surprise. J'ai ouvert les yeux. Je l'ai regardée.

« Je ne sais pas. »

« Qu'est-ce qu'il vous apporte ? »

« Il me fait sentir désirée. Désirable. Il me fait sentir que j'existe. Que je ne suis pas juste une mère. Une épouse. Une employée. Il me fait sentir que je suis une femme. »

« Et votre mari ? »

« Mon mari ne me regarde plus. Il ne me voit plus. Il ne me touche plus. Enfin, si. Parfois. Mais ce n'est pas pareil. Ce n'est plus pareil. »

« Vous avez essayé de lui parler ? »

« Non. »

« Pourquoi ? »

« Parce que j'ai peur. Peur qu'il ne comprenne pas. Peur qu'il me juge. Peur qu'il me demande de choisir. »

« Choisir entre quoi ? »

« Entre lui et… et l'autre. »

« Et vous choisiriez quoi ? »

Je n'ai pas répondu. Je ne pouvais pas. Je ne savais pas. Je ne savais plus.

Elle a posé son stylo. Elle a croisé les mains sur son carnet. Elle m'a regardée. Longuement. Avec douceur. Avec patience.

« Laura, je vais vous poser une question. Vous n'êtes pas obligée de répondre. Mais réfléchissez-y. »

« D'accord. »

« Est-ce que vous aimez cet homme, ou est-ce que vous aimez ce qu'il vous fait ? »

Silence.

J'ai senti mon ventre se serrer. Mon cœur s'accélérer. Mes joues chauffer.

J'ai pensé à Karim. À ses mains. À sa queue. À ses ordres. À ses règles. À ses punitions. À ses récompenses. À ses messages. À ses appels. À ses silences. À ses absences. À ses retours.

« Je ne sais pas. »

« C'est une réponse. »

« Ce n'est pas une réponse. C'est un aveu. »

« Un aveu de quoi ? »

« Un aveu que je ne sais pas. Que je ne sais plus. Que je ne sais pas si je l'aime. Que je ne sais pas si je l'aime ou si j'ai besoin de lui. Que je ne sais pas si je suis amoureuse ou dépendante. Que je ne sais pas si je veux le quitter ou si je veux qu'il me quitte. Que je ne sais pas qui je suis. Que je ne sais pas ce que je veux. Que je ne sais rien. »

Puis elle a dit :

« Vous n'avez pas à avoir honte de ne pas savoir. Personne ne sait, au début. On avance, et on regarde. »

J'ai hoché la tête. J'ai essuyé mes larmes. J'ai respiré.

« Je crois que je suis perdue. »

« Je sais. Et c'est pour ça que vous êtes ici. »

La fin de la séance

La séance a duré une heure. Une heure à parler. À pleurer. À comprendre. À ne pas comprendre. À chercher. À ne pas trouver.

Elle m'a raccompagnée. Elle m'a dit au revoir. Pas « bonne chance ». Pas « courage ». Juste « au revoir ». Et « à la semaine prochaine ».

Est-ce que vous aimez cet homme, ou est-ce que vous aimez ce qu'il vous fait ?

Je n'avais pas de réponse.

Mais je savais que je reviendrais. Pas pour guérir. Pas encore. Pour comprendre. Pour voir si je peux dire un peu plus la prochaine fois. Pour voir si je peux prononcer son nom sans m'effondrer.

Et ça, quelque part, c'est déjà dangereux.

Ce soir-là, dans mon lit conjugal, les yeux ouverts dans le noir, j'ai pensé à tout ça. À tout ce que j'avais fait. À tout ce que j'avais dit. À tout ce que je n'avais pas dit.

Mon mari dormait à côté de moi. Il ne savait rien. Il ne saurait jamais.

J'ai fermé les yeux. J'ai pensé à Karim. À sa queue dans ma chatte. À sa voix dans mon oreille. À ses mains sur mes hanches.

Je me suis caressée. Doucement d'abord. Puis plus vite. J'ai joui en silence. Les dents serrées. Le corps secoué de spasmes.

Et après, il y a eu ce vide. Ce vide que je connaissais maintenant. Ce vide qui arrivait toujours après.

Je me suis endormie en pensant à la question d'Hélène.

Et pour la première fois, je me suis demandé si j'avais vraiment envie de connaître la réponse.