Nous étions dix. Dix dans cette maison. Dix à savoir. Dix à jouer un rôle.
Moi. Sophie. Ilham. Salma. Karim. Et cinq autres. Deux garçons. Trois femmes. Des complices. Des gens de confiance. Des gens qui savaient. Des gens qui comprenaient. Des gens qui étaient là pour nous.
Nadia, c'est la première que j'ai remarquée. La cinquantaine, des bijoux qui tintaient à chaque geste, et un rire trop fort, toujours en retard d'une seconde sur la blague. Elle était chez elle ici. Elle appelait tout le monde ma chérie. Elle a posé sa main sur le genou de Sophie en riant, et personne n'a rien vu.
Yann, je ne l'ai entendu dire que trois mots de toute la soirée. Adossé au mur, une bière tiède à la main. Il ne riait pas. Il regardait. Les mains, les verres, les genoux. Quand son regard tombait sur toi, tu changeais de position sans t'en rendre compte. Il n'était pas méchant. Il était pire. Il était attentif.
Les trois autres, je ne les ai jamais nommés. Un grand type qui riait à tout. Une femme en robe longue qui ne buvait pas. Une autre, plus jeune, qui rangeait les verres sans qu'on le lui demande.
Tout le monde connaissait son rôle. Sauf moi. J'étais la seule à ne pas savoir. La seule à devoir improviser sur un rôle dicté. La seule à être… moi.
Karim m'avait prévenue la veille, sur le parking, sans me regarder. « Si Nadia te pose une question, tu réponds à côté. Si Yann te regarde, tu soutiens son regard et tu ne bouges pas. C'est un test. »
La fête
La fête a commencé. Doucement. Naturellement. Comme un vrai anniversaire. Comme une vraie réunion d'amis. Comme si de rien n'était.
Les règles, je les ai comprises en dix minutes. Nadia parlait pour tout le monde. Yann écoutait pour tout le monde. Ilham versait. Salma débarrassait. Karim ne faisait rien de ses mains, et c'était lui qui décidait de tout.
Ilham était magistrale. Un charme fou. Une courtoisie parfaite. Une douceur infinie. Une maîtresse de maison née. Elle s'occupait de tout le monde. Elle remplissait les verres. Elle apportait les cookies. Elle riait. Elle racontait des histoires. Elle mettait à l'aise. Elle était partout. Et nulle part. Elle était… parfaite.
Salma jouait la serveuse. À la perfection. Normal. C'était son travail. Elle allait et venait. Avec un plateau. Des apéritifs. Des chips. Des olives. Du vin. Blanc. Rouge. Rosé. Elle souriait. Elle servait. Elle observait. Elle attendait.
Karim était assis. Dans un fauteuil. Un verre à la main. Il regardait. Il souriait. Il lançait des regards. À moi. Parfois. À Sophie. Souvent. Il ne disait rien. Il n'avait pas besoin de dire. Il attendait. Il observait. Il préparait.
Les invités parlaient. De tout. De rien. Du temps. De la région. Des enfants. Du travail. Des vacances. Des banalités. Des rires. Des souvenirs. Des projets.
« Joyeux anniversaire ma chérie ! »
« Tu ne fais pas ton âge ! »
« C'est quand même beau d'avoir des amis fidèles depuis si longtemps. »
« On trinque à quoi ? À la santé ? À l'amitié ? À l'amour ? »
« À tout ça à la fois ! »
« Et à Ilham ! Qui reste toujours aussi rayonnante ! »
« Merci, merci. Vous êtes adorables. »
« On t'a apporté un petit quelque chose. Enfin, on a surtout apporté notre bonne humeur ! »
« C'est déjà énorme. »
« Et ce gâteau, il vient d'où ? Il a l'air incroyable. »
« C'est Salma qui l'a fait. Elle est douée pour tout. »
« Elle est douée pour tout. »
Et puis Nadia s'est tournée vers moi, bracelets et verre levé.
« Et toi Laura, tu la connais d'où, Ilham ? »
J'ai senti le regard de Yann arriver avant la question. J'ai dit : « Du collège. On s'est perdues de vue. » Ilham a enchaîné avec une histoire de chariot et de paquet de farine. Nadia a ri. Trop fort. Yann a bu une gorgée sans me lâcher.
Ilham
Ilham était partout. Elle riait. Elle parlait. Elle écoutait. Elle servait. Elle trinquait. Elle était la femme qui fêtait son anniversaire. Elle était la femme que j'avais croisée par hasard. Elle était la femme que je ne voulais pas aller voir seule. Elle était… la femme.
Elle s'est approchée de Sophie. Elle s'est présentée. Elle a parlé. Elle a posé des questions.
« Alors, tu es une amie de Laura ? »
« Oui. On travaille ensemble. »
« C'est une chance. Elle est merveilleuse. »
« Oh oui. Elle est… spéciale. »
« Spéciale comment ? »
« Je ne sais pas. Elle a quelque chose. Une force. Une présence. »
« Oui. C'est ça. Une présence. »
Elle a souri. Elle a levé son verre. Elle a trinqué. Elle a continué.
Elle a présenté Karim. À Sophie. À moi. À tout le monde.
« Je vous présente Karim. Mon neveu. Enfin, mon presque neveu. C'est une longue histoire. »
Sophie a souri. Elle ne savait pas. Elle ne pouvait pas savoir. Elle ne pouvait pas comprendre.
Karim a souri. Il a tendu la main. Il a dit bonjour. Il a joué le jeu. Le neveu. Le presque neveu. L'homme de la famille.
Joyeux anniversaire
Le gâteau est arrivé. Salma l'a apporté. Avec des bougies. Des bougies qu'il fallait souffler. Des bougies qui disaient l'âge d'Ilham. Un âge qu'elle n'avait pas. Un âge qui n'existait pas. Un âge pour le rôle.
On a chanté. Tous ensemble. Joyeux anniversaire. Joyeux anniversaire. Joyeux anniversaire Ilham. Joyeux anniversaire.
Nadia a chanté plus fort que tout le monde. Yann n'a pas chanté. Il a applaudi, deux fois, à plat, comme on frappe à une porte.
Elle a soufflé. On a applaudi. On a ri. On a trinqué. Encore.
Le champagne a coulé. À flots. Les verres se sont remplis. Vidés. Remplis. Vidés.
Sophie riait. Sophie parlait. Sophie s'amusait. Sophie ne voyait rien. Sophie ne savait rien.
Deux verres d'eau pour moi. Pas un de plus. C'était la règle. J'ai rempli trois fois mon verre à la cuisine pour donner le change, et j'ai versé l'eau dans l'évier.
Karim
Et puis Karim a commencé. Doucement. Subtilement. Il s'est approché de Sophie. Il a parlé. Il a plaisanté. Il l'a fait rire. Il l'a mise à l'aise.
« Tu t'ennuies pas trop ? »
« Non. Pas du tout. C'est sympa. »
« Tu connais Ilham depuis longtemps ? »
« Non. Je ne la connaissais pas. C'est Laura qui m'a proposé. »
« Laura est quelqu'un de bien. »
« Oui. Elle est… incroyable. »
« Incroyable ? »
« Oui. Elle a changé. Depuis quelque temps. Elle est plus… je ne sais pas. Plus libre. Plus forte. Plus… »
« Plus elle-même. »
« Voilà. C'est ça. Plus elle-même. »
Karim a souri. Il a levé son verre. Il a trinqué. Avec Sophie. Il a rempli son verre. Encore. Et encore.
Sophie buvait. Sophie riait. Sophie était bien. Sophie était douce. Sophie était prête.
Et moi, je regardais. Et j'étais… jalouse. Une jalousie que je ne connaissais pas. Une jalousie qui me rongeait. Une jalousie qui me brûlait. Une jalousie de voir Karim avec elle. De voir Karim lui sourire. De voir Karim la faire rire. De voir Karim la charmer. De voir Karim… la prendre.
Je savais que c'était le plan. Je savais que c'était le jeu. Je savais que c'était ce que j'avais voulu. Mais je ne m'attendais pas à ça. À ce sentiment. À cette douleur. À cette possessivité.
Yann a traversé le salon et s'est arrêté derrière le canapé. Il a regardé Sophie, puis moi, puis Karim. Il a fini sa bière. Il est retourné contre son mur.
Le départ
Les invités ont commencé à partir. Un à un. Avec des baisers. Des sourires. Des au revoir. Des merci. Des à bientôt.
Nadia a embrassé tout le monde. Deux fois. Trois fois. Elle a dit à Sophie qu'elle avait des yeux magnifiques et qu'il fallait en profiter. Puis elle est montée dans une grosse voiture allemande et elle a klaxonné en partant, deux coups, comme à un mariage.
Yann est parti sans rien. Pas un mot. Il a repris sa veste, il a regardé la pièce une dernière fois, et il est sorti. Je me suis dit qu'il savait tout et qu'il ne dirait jamais rien.
Ilham jouait la femme bourrée. Elle titubait. Elle riait. Elle parlait trop fort. Elle se laissait tomber sur le canapé. Elle demandait à Salma de la ramener. Elle était parfaite.
Salma faisait du rangement. Elle débarrassait les verres. Elle rangeait les bouteilles. Elle nettoyait la table. Elle était parfaite.
Karim était avec Sophie. Sur le canapé. Il parlait. Il riait. Il la touchait. Un peu. Juste ce qu'il fallait. La main sur le genou. Les doigts sur l'épaule. Le regard dans le regard.
Et moi, j'ai fait semblant. J'ai dit que la voiture faisait un bruit bizarre, que je n'osais pas reprendre la route la nuit. Que je ne pouvais pas prendre la route. Que je devais attendre. Que je devais rester.
Personne n'a protesté. Personne n'a dit non. Personne n'a rien dit. Tout était prévu.
La chambre
Karim s'est levé. Il a pris Sophie par la main. Il l'a guidée. Vers la chambre. Au fond du couloir.
Elle a essayé de le repousser. Pour la forme. Une main sur son torse. Un sourire gêné. Une excuse.
« Non. On ne peut pas. Laura… »
« Laura dort. Elle ne verra rien. »
« Mais… »
« Chut. »
Il l'a embrassée. Là où il fallait. Sur les lèvres. Sur le cou. Sur l'épaule. Ses mains ont trouvé sa taille. Ses hanches. Ses fesses. Elle a résisté. Encore. Pour la forme. Puis elle a cédé. Elle est entrée. Dans la chambre.
La porte s'est fermée.
Le couloir
Dix minutes. Dix minutes qui ont duré une éternité. Dix minutes à écouter. À imaginer. À souffrir.
Puis Ilham est venue. Elle m'a fait signe. De la suivre. Dans une autre pièce. Une petite chambre. Un lit. Une chaise. Des cordes. Des attaches.
Elle m'a regardée. Elle a souri. Elle n'a rien dit. Elle a juste commencé.
Elle m'a fait retirer mes vêtements. Un par un. La robe. Les collants. Le soutien-gorge. La culotte. Elle m'a fait tout retirer. Tout.
Elle m'a fait baisser la culotte. Jusqu'aux chevilles. Puis par terre.
Le plug est sorti avec un petit bruit mouillé. Ilham l'a posé sur la chaise sans rien dire. Elle rangeait les choses, elle aussi.
Elle m'a attaché les poignets. Derrière le dos. Serré. Pas trop. Juste ce qu'il fallait. Elle m'a fait attendre. Devant la porte. Nue. Attachée. Silencieuse.
Je n'ai pas résisté. Je n'ai pas protesté. Je n'ai rien dit. J'ai attendu. Comme une bonne fille.
La porte
La porte s'est ouverte. Karim est apparu. Torse nu. Souriant. Il m'a regardée. Nue. Attachée. Offerte. Il a hoché la tête. Il m'a fait signe d'entrer.
Je suis entrée. Et je l'ai vue.
Sophie. Nue. Juste des collants auto-fixants. Couleur chair. Les yeux bandés. Les poignets attachés. Dans le dos. La tête écrasée sur le lit. Les fesses en l'air. Offerte. En levrette.
Un frisson m'a submergée. Un frisson de puissance. De vengeance. De jouissance. Je l'avais voulu. Je l'avais imaginé. Et c'était là. Devant moi. Réel.
Karim m'a murmuré. « Entre sans faire de bruit. Assieds-toi. »
Je me suis assise par terre. À l'image d'une esclave. Nue. Attachée. Silencieuse. Regardant.
La discussion
Karim s'est approché de Sophie. Il a posé sa main sur ses fesses. Il a caressé. Lentement. Il a glissé ses doigts. Entre ses jambes. Il a trouvé l'humidité.
« C'est bien humide, petite salope. »
Une claque. Sur les fesses. Sophie a gémi.
« S'il vous plaît… ma copine pourrait nous surprendre. »
« Tu veux que j'aille la chercher ? »
« Non. J'ai honte. »
« Honte de quoi ? »
« De ça. De ce que je fais. De ce que je ressens. »
« Tu ressens quoi ? »
« Je ne sais pas. C'est trop. C'est… trop bon. »
Karim a souri. Il a sorti sa queue. Il l'a fait coulisser entre les cuisses de Sophie. Entre ses lèvres. Sans entrer. Juste glisser. Juste titiller. Juste torturer.
Sophie a gémi. « Oh non… c'est trop bon. »
« Tu aimes ça ? »
« Oui… »
« Dis-le. »
« J'aime ça. J'aime ta queue entre mes jambes. J'aime… »
« Continue. »
« J'aime tout. J'aime ce que tu me fais. »
Il a accéléré. Un peu. Puis ralenti. Il jouait. Il la faisait attendre. Il la faisait supplier.
Les questions
« Joli petit cul. Mais j'ai l'impression qu'il n'a pas l'habitude de se faire défoncer. »
Sophie a crié. Un cri étouffé. Un mélange de phrases désordonnées.
« Non… j'ai le cul vierge… je ne fais pas ce genre de choses… »
« Ah oui ? Vraiment ? »
Il a caressé son anus. Lentement. Du bout des doigts.
« Arrêtez… s'il vous plaît… »
« Chut. Calme-toi. Respire. »
Il a repris sa queue. Il l'a enfoncée dans sa chatte. Bien. Profondément. Des coups. Des vrais. Des lourds.
« Respire. Ça va aller. »
Sophie a gémi. Elle a essayé de se tortiller. Mais elle ne connaissait pas la puissance de Karim. Elle ne savait pas. Elle n'avait pas encore appris.
« Où est Laura ? »
« Pourquoi ? »
« Je ne sais pas. Je… je pense à elle. »
« Elle va bien. Elle est là. Quelque part. »
« Elle fait quoi ? »
« Elle attend. »
« Elle attend quoi ? »
« Son tour. »
Je n'ai pas bougé. Nue, par terre, les poignets derrière le dos, à écouter un homme parler de moi comme on parle d'un meuble. Et j'étais fière. C'est ça le pire.
L'abdication
Karim a sorti sa queue. Il a craché sur le cul de Sophie. Il a ri.
« Il est bien serré ce petit cul. Il n'a jamais pris de bite. »
« Oui… s'il vous plaît… arrêtez… j'en peux plus… »
« Tu en peux plus ? »
« Non… »
« Alors dis-moi ce que tu veux. »
« Je ne sais pas… »
« Si. Tu sais. »
« Je veux… je veux que tu continues. »
« Continues quoi ? »
« Tout. Continue tout. »
Il a souri. Il a posé son gland sur le petit œillet de Sophie. Il a ordonné.
« Ne bouge pas. Respire. »
Et il a poussé.
Sophie a crié. Fort. Tellement fort que j'ai eu mal aux oreilles. Je connaissais ce cri. Je connaissais ce mouvement. Je connaissais cette douleur. Je connaissais cette abdication. C'était ma première fois. C'était la sienne. C'était pareil. C'était différent.
« Doucement… s'il vous plaît… doucement… »
« Chut. Respire. Ça va passer. »
« Non… non… arrêtez… »
« Encore un peu. Tu y es presque. »
« Aïe… »
« Tu la sens ? »
« Oui… elle est énorme… »
« Tu veux la voir ? »
Il a retiré le bandeau. Elle a mis trois secondes à faire le point — et dans ces trois secondes, elle m'a vue nue, les poignets attachés dans le dos, à quatre mètres d'elle. Il n'y a pas eu de reproche sur son visage. Il y a eu du soulagement. C'est ça qui m'a traversée comme une décharge. Elle était dans un état second. Moi, j'étais là. Nue. Attachée. Silencieuse.
« Laura… »
« Sophie… »
« Je… je suis désolée… »
« Chut. »
Karim a continué. Il a bourré. Il a claqué. Il a joui. Il a joui dans le cul de Sophie. Et il m'a fait lécher. Ses fesses. Son entrejambe. Le mélange. Le goût. Le sel. Le sperme. Ma langue. Mon obéissance.
J'ai obéi. Sans rechigner. Sans hésiter. Sans rien dire.
Deux heures
Deux heures. Deux heures à se faire baiser. À se faire prendre. À se faire remplir. Deux heures à regarder. À subir. À jouir.
Karim passait de ma chatte à mon cul. Puis il repassait derrière Sophie. Puis il revenait. Puis il repartait. Un objet noir dans le cul de Sophie. Un plug. Qu'il bougeait. Qu'il tournait. Qu'il enfonçait. Puis il me pilonnait. Pareil. Même cadence. Même rythme. Même violence.
Sophie jouissait. Elle criait. Elle suppliait. Elle demandait encore. Elle demandait de la douceur. Elle demandait grâce. Elle ne savait plus. Elle ne savait rien. Elle était à lui. Elle était à nous.
Et moi, je regardais. Je participais. Je jouissais. Je prenais. Je donnais. J'étais sa bonne fille. Et elle était la mienne.
La fin
Quand tout s'est arrêté, Sophie était en larmes. Pas des larmes de douleur. Des larmes de libération. Des larmes de honte. Des larmes de plaisir. Des larmes de tout ce qu'elle ne pouvait plus démêler.
Karim s'est levé. Il a enfilé son jean. Il a regardé Sophie. Il a souri.
« Tu as été parfaite. »
Puis il s'est tourné vers moi. Il m'a détachée. Il m'a aidée à me relever. Il a posé un baiser sur mon front.
« Toi aussi. »
Ilham est entrée. Elle a aidé Sophie à se rhabiller. Elle lui a parlé doucement. Elle l'a rassurée. Elle l'a consolée. Elle l'a prise dans ses bras. Elle l'a bercée. Comme une enfant. Comme une amante. Comme une sœur.
Salma est entrée. Elle a apporté des verres d'eau. Des serviettes. Des couvertures. Elle a nettoyé. Elle a rangé. Elle a effacé les traces. Elle a tout remis en ordre. Comme si rien ne s'était passé.
Le retour
On est rentrées. Sophie et moi. Dans ma voiture. Le silence. Lourd. Épais. Pesant. Elle ne parlait pas. Je ne parlais pas. On ne savait pas quoi dire. On ne savait pas comment le dire. On ne savait pas si on devait le dire.
Elle a regardé par la fenêtre. Les champs. Les arbres. Les villages. La ville qui revenait. Les immeubles. Les lumières. La vie normale. La vie d'avant. La vie qui n'était plus.
Elle est descendue de la voiture. Lentement. Sans un mot. Sans un regard. Elle a claqué la portière. Doucement. Presque tendrement. Comme si elle ne voulait pas briser quelque chose. Comme si elle ne voulait pas réveiller ce qui venait de s'endormir en elle.
Je l'ai regardée marcher vers son immeuble. Ses jambes tremblaient. Je le voyais. À sa démarche. À ses pas hésitants. À ses épaules affaissées. Elle a sorti ses clés. Elle a ouvert la porte. Elle est entrée. Elle n'a pas allumé la lumière. Elle n'a pas regardé derrière elle.
La porte s'est refermée. Le silence est tombé. Un silence lourd. Épais. Définitif.
J'ai attendu. Une minute. Deux minutes. Dix minutes. J'ai regardé la fenêtre de son appartement. Éteinte. Noire. Vide.
Le soir, chez moi, la télé parlait toute seule dans le salon. Mon mari ronflait déjà. J'ai fermé les yeux. J'ai attendu le sommeil. Il n'est pas venu.
J'avais gardé ma manche longue sur les marques des cordes. J'ai lavé les assiettes du dimanche soir à l'eau froide, pour ne réveiller personne.
J'ai envoyé un message à Sophie.
« Ça va ? »
Pas de réponse.
J'ai envoyé un deuxième message.
« Tu veux qu'on parle ? »
Toujours rien.
J'ai envoyé un troisième message.
« Je suis là si tu veux. »
Rien.
Commentaires 9
Chaque commentaire est lu avec attention et publié après validation.
La jalousie n'était annoncée nulle part et c'est pourtant le seul aveu véritable du chapitre.
Dix personnes, des rôles, des scripts… et vous, la seule à improviser. Question vertigineuse.
Le bandeau retiré est le sommet du récit : les deux femmes se voient enfin, et aucune ne dit ce qu'il faudrait.
Sophie s'excuse alors que c'est elle qu'on a piégée. Cette phrase dit tout le travail déjà fait sur elle.
La fête qui ressemble à une vraie fête d'anniversaire — et qui ne l'est pas. Vous écrivez la mise en scène de l'emprise.
Ce pardon-là, je ne l'ai pas mérité. Je l'ai pris quand même.
Le rôle d'Ilham m'a marquée : douceur infinie, partout et nulle part. Bravo pour cette galerie de personnages.
Dix personnes dans la maison et pas une pour dire non. Le rôle de cette assemblée mériterait un chapitre entier.
L'arrêt maladie d'une semaine et le message tu me manques sans réponse : la vraie fin est là, pas dans la chambre.
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